Les effets économiques du salaire minimum (2008)

Guillaume Vuillemey

Cette note de 4 pages produite par l’Institut économique Molinari se propose d’étudier les conséquences économiques de cette politique de contrôle des prix qu’est le salaire minimum légal. Le premier élément qu’il faut soulever tient à ce que le salaire minimum n’est pas une obligation pour l’employeur d’embaucher au-dessus d’un certain prix mais l’interdiction d’embaucher en-dessous du prix fixé par la loi. Cette nuance est décisive pour comprendre les nombreux effets pervers qu’il induit.

Loin d’être un instrument de lutte contre la pauvreté, le salaire minimum légal tend davantage à exclure certaines populations du marché : il entrave l’accumulation du capital humain – notamment l’expérience – pour les catégories les moins productives, les moins qualifiées, les jeunes ainsi que pour les populations qui pourraient se contenter d’une rémunération moins élevée, notamment les individus issus de pays aux standards de vie inférieurs aux pays dans lesquels ils postulent et où il existe un salaire minimum (voir plus bas). Le salaire minimum constitue donc une puissante barrière à l’entrée et à la mobilité sociale. C’est un facteur de chômage structurel. La note ne prétend pas à l’exhaustivité en raison de la volonté de l’auteur d’être synthétique. On se référera à d’autres travaux pour mettre en lumière d’autres effets moins régulièrement mis en avant par la recherche académique et les médias.

Un individu en recherche d’emploi est en concurrence avec d’autres potentiels employés. Dans ces conditions, le salaire minimum légal, en renchérissant artificiellement le prix de la main d’œuvre affaiblit les avantages comparatifs des moins qualifiés au profit des plus qualifiés1. La raréfaction des emplois nécessitant peu de qualifications entraîne un surplus de travailleurs peu qualifiés sur le marché de l’emploi. Cela tend donc à déséquilibrer les rapports de force entre employeurs et employés au détriment des seconds2.Des travaux ont également montré que la réduction de la concurrence induite par cette mesure affaiblissait le coût de la discrimination. Ceci contribue davantage à marginaliser les minorités défavorisées ainsi que le montre l’exemple des noirs aux États-Unis3.Plus étonnant encore, le salaire minimum favoriserait l’exode des travailleurs peu qualifiés vers les juridictions dépourvues de politique de contrôle des prix4.Il incite enfin les employeurs à rechercher un substitut plus rentable pour les tâches pouvant facilement être automatisées5.

Comme beaucoup d’économistes, l’auteur présente le salaire minimum légal comme une mauvaise politique néanmoins fondée sur de bonnes intentions. La méthodologie héritée de l’école du choix public, l’analyse de l’actualité européenne et américaine ainsi que de récents travaux en histoire de l’économie nous invitent à exprimer une certaine méfiance contre ce postulat. En effet les soutiens politiques en faveur du salaire minimum se trouvent principalement chez les syndicats qui agissent comme des cartels destinés à raréfier artificiellement l’offre de travail pour imposer des prix de monopole6. Le débat européen sur les travailleurs détachés a révélé l’intérêt d’utiliser le salaire minimum comme un outil protectionniste en vue lutter contre le « dumping social », c’est-à-dire la concurrence des travailleurs qui fournissaient un service selon un meilleur rapport qualité-prix. C’est ainsi que certains États d’Europe de l’Ouest ont délibérément utilisé le salaire minimum légal pour exclure les travailleurs d’Europe de l’Est7.

Ceci explique pourquoi les États d’Europe centrale et orientale se sont longtemps mobilisés contre une tentative d’harmonisation sociale qu’ils assimilaient à raison à du protectionnisme. Le Conseil économique, social et environnemental s’est d’ailleurs récemment félicité dans un rapport que « le salaire minimum légal en France a limité l’avantage économique du recours aux travailleurs détachés 8». À Los Angeles, aux États-Unis, les syndicats ont revendiqué un salaire minimum légal équivalent à 15 dollars de l’heure pour ensuite demander en avril 2016 une exemption pour les travailleurs syndiqués. L’objectif consiste ici non seulement à privilégier les travailleurs syndiqués qui deviennent plus employables que les non-syndiqués tout en essayant d’enrayer artificiellement la baisse du taux de syndicalisation aux États-Unis.

L’économiste Thomas Rustici rappelle également que le salaire minimum légal a souvent été défendu par des entreprises désireuses d’évincer des concurrents qui offraient des prestations moins chères en raison de salaires plus bas versés aux travailleurs9. Outre les éléments historiques mis en avant dans son article académique, nous avons pu également constater lors du débat sur les travailleurs détachés le mécontentement des entreprises françaises qui se plaignaient de la concurrence des travailleurs de l’Est et qui réclamaient, tout comme les syndicats, une extension du salaire minimum aux routiers étrangers pour protéger leurs parts de marché en réduisant la compétitivité de ceux qui avaient régulièrement recours aux services des travailleurs de l’Est.

Mais de récents travaux historiques vont beaucoup plus loin. Le professeur Thomas C. Leonard de l’Université de Princeton soutient dans un ouvrage paru en 2016 intitulé Illiberal Reformers: Race, Eugenics, and American Economics in the Progressive Era, que l’instauration du salaire minimum était motivée par un idéal eugéniste. Les économistes progressistes de la fin du XIXème siècle aspiraient à mettre en œuvre des politiques publiques exclusives dans le but de privilégier et de protéger l’intégrité de la « race anglo-saxonne ». Il s’agissait de viser les noirs, les immigrants et même les femmes.

Ces catégories sociales étaient alors identifiées à des classes moins productives et qualifiées. Cependant les eugénistes avaient identifié que la libre-concurrence et la libre-entreprise ne permettaient pas l’exclusion de ces catégories de populations qui étaient disposées à recevoir des salaires moins élevées. Le salaire minimum et autres restrictions à la libre-entreprise ont donc été introduits pour réduire délibérément l’employabilité des plus fragiles. Pour appuyer son argumentation, Thomas C. Leonard n’hésite pas à recourir aux écrits d’un socialiste comme Sidney Webb qui écrivait en 1912 que le salaire minimum devait aider à exclure tous les « parasites » (femmes, enfants, handicapés) des emplois industriels afin de les remplacer par une classe d’hommes plus productive10. Il est donc urgent de déconstruire le mythe qui présente cette mesure comme une décision favorable aux individus qui aspirent à subvenir à leurs besoins et à s’inclure pleinement dans la vie sociale. C’est en cessant de refermer les opportunités que la société pourra garantir la prospérité de tous.

POUR CITER CETTE NOTE : 

Guillaume Vuillemey; Les effets économiques du salaire minimumInstitut économique Molinari, 2008, 4 p.

1Thomas Rustici, A Public Choice View Of The Minimum Wage, Cato Journal, Vol.5, No. 1 (Spring/Summer 1985)

2Donald J. Boudreaux, The Minimum Wage: An Unfair Advantage for Employers, Foundation for Economic Education (October 1989)

3Walter Williams, “Government Sanctioned Restraints That Reduce thc Economic Opportunities lhr Minorities Policy Review 22 (Fall 1977); 15.

4Joan Monras, Minimum Wages and Spatial Equilibrium: Theory and Evidence, IZA DP No. 9460, October 2015

5Adam C. Smith and Stewart Dompe, Minimum Wage, Maximum Automation, Foundation for Economic Education (2016)

6Daniel Griswold, Unions, Protectionism, and U.S. Competitiveness, Cato Journal, Vol. 30, No. 1 (Winter 2010)

7Ronald Bachmann, Thomas K. Bauer, Hanna Kroeger, Minimum Wages as a Barrier to Entry: Evidence from Germany, IZA DP No. 6484 (2012)

8Jean Grosset, Les travailleurs détachés, CESE (Septembre 2015)

9Thomas Rustici, A Public Choice View Of The Minimum Wage, Cato Journal, Vol.5, No. 1 (Spring/Summer 1985)

10Sidney Webb , “The Economic Theory of a Legal Minimum Wage,” Journal of Political Economy 20, no. 10 (Dec., 1912)

 

 

 

 

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