L’anarcho-capitalisme (2006)

Pierre Lemieux

Selon la définition classique de Max Weber, l’État se définit comme une institution qui revendique le monopole de la violence légitime sur un territoire et une population déterminés. Le libéralisme pose comme règle de base que cette violence n’est justifiée qu’en cas de légitime défense. C’est pourquoi les libéraux classiques conçoivent uniquement l’État comme une organisation destinée à garantir la défense et la sécurité des citoyens face aux éventuels agresseurs et spoliateurs. D’où le plaidoyer en faveur d’un État minimum, c’est-à-dire un gouvernement confiné à l’exercice des fonctions régaliennes que sont la police, la justice et l’armée. C’est notamment la conception de Frédéric Bastiat lorsqu’il décrit la loi comme « l’organisation collective du droit naturel de légitime défense ». La sécurité serait donc le domaine de l’État par excellence. Sa présence doit servir à garantir le déroulement libre des autres activités humaines.

D’autres penseurs ont cependant essayé de dépasser cette pensée qu’ils jugent insuffisante et qui pêcherait par son incohérence en refusant d’appliquer entièrement ses conclusions à l’ensemble de la vie sociale. Après tout, si le marché est supérieur au gouvernement pour produire la plupart des biens et services nécessaires à la satisfaction de nos besoins, pourquoi en serait-il autrement de la sécurité et de la justice qui sont des services comme les autres ? Et si la liberté individuelle requiert le respect absolu du droit de propriété, n’est-ce pas une contradiction que d’accepter l’idée selon laquelle la sécurité et la justice devraient relever d’un monopole obligatoire ?

Ainsi naît l’anarcho-capitalisme. Cette philosophie que l’on peut concevoir comme une application radicale des principes libéraux énonce qu’il n’y a absolument rien de productif que le marché ne puisse pas accomplir au moins aussi bien que l’État. Son existence même est scientifiquement injustifiée et constitue une entorse illégitime au principe de liberté individuelle. Le premier théoricien de l’anarcho-capitalisme est l’économiste franco-belge Gustave de Molinari. Il est le premier à avoir théorisé le fonctionnement d’un marché libre de la sécurité dans un article célèbre paru au Journal des économistes intitulé De la production de sécurité. Dans cet ouvrage de 133 pages, Pierre Lemieux, professeur d’économie au Québec, se donne l’ambition de présenter synthétiquement cette philosophie, ses racines et ses grands représentants.

POUR CITER CET OUVRAGE :

Pierre Lemieux, L’anarcho-capitalismeParis: Les Presses Universitaires de France, 1988, 126 pp. Collection: Que sais-je?

 

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