L’action humaine (1949)

Ludwig von Mises

Description :

L’Action humaine est un ouvrage très différent des autres traités d’économie, tant par son ton que par sa construction. C’est à la fois un ouvrage militant par sa défense passionnée d’une conception réaliste de la science économique et de la liberté individuelle, un ouvrage didactique qui s’adresse à tous et non seulement aux économistes spécialisés, et néanmoins un ouvrage savant qui exige beaucoup du lecteur et pousse la réflexion jusqu’à ses lointaines conséquences. Mises y synthétise et prolonge ses travaux antérieurs, pour en faire « le précipité d’un demi-siècle d’expérience », autrement dit une véritable somme économique.

Convaincu que nombre des erreurs qu’il veut dénoncer ont pour origine une conception erronée de la science économique, il se donne la peine de situer l’économie par rapport aux autres sciences, comme il l’avait déjà fait en 1933 dans Problèmes fondamentaux de l’économie. […]

La tâche de l’économiste consiste donc d’abord à établir un certain nombre de faits incontestables, puis à en tirer les conséquences par simple déduction logique. Si ces axiomes de départ sont bien choisis et s’ils sont incontestablement vrais, et si le raisonnement logique est correct, les conséquences qu’on en tire seront elles-mêmes incontestablement vraies.

Mises part du constat que la « cause ultime » des phénomènes économiques est l’action des êtres humains. C’est donc dans l’étude de l’action humaine que l’économie doit trouver ses principes fondateurs : des lois de l’action qui soient véritablement générales, qui s’appliquent à toutes les actions indépendamment des circonstances et du contenu de chaque action particulière.[…]

Mais l’action humaine s’exerce dans des domaines qui débordent largement celui de l’économie. C’est ainsi que Mises est amené à considérer l’économie comme une branche de la « praxéologie », science de l’action humaine en soi indépendamment des motivations et des formes de cette action, qui sont du domaine de la psychologie. Là encore, comme chez Menger, les distinctions qu’il établit entre les sciences définissent une division du travail, mais n’impliquent ni hiérarchie ni exclusion.

Pour Mises, toute la science économique repose sur un petit nombre d’axiomes qui tirent leur vérité de notre connaissance de nous-mêmes en tant qu’êtres humains, et sont donc des vérités a priori. La première de ces vérités est « l’homme agit », un fait incontestable puisque nier que l’homme agit serait déjà une action. Dans L’Action humaine, Mises montre que cet « axiome de l’action » implique nécessairement les catégories de fin, de moyen, de causalité, d’incertitude, de préférence temporelle, et, de proche en proche, de valeur, de coût, d’intérêt, etc., et engendre enfin toute la théorie économique. On ne peut s’empêcher de penser à Descartes, qui construisait toute la philosophie à partir de son cogito, ergo sum.[…]

Cette conception de la discipline économique, à l’opposé de l’épistémologie néoclassique qui prend comme modèle les sciences physiques, suffirait à discréditer Mises aux yeux des économistes du courant principal. Mais les conséquences logiques, que Mises développe sur plus de cinq cents pages dans les quatorze chapitres suivants, n’en sont pas moins contraires aux idées dominantes. En contraste avec le monde fictif d’information parfaite et en équilibre statique de la théorie néoclassique, Mises soutient que l’économie n’a pas de sens si elle ne tient pas compte du passage du temps et de l’incertitude irréductible qui résulte de la connaissance limitée de l’homme en action. Il n’y a pas de relations constantes dans les phénomènes économiques, et donc aucune mesure n’y est possible. Son économie est une discipline qualitative où les mathématiques n’ont aucune utilité, alors que le courant dominant voit dans l’utilisation des mathématiques la condition de son statut scientifique. […]

Au total, cet ouvrage monumental présente une conception originale de la discipline, avec des développements sur la plupart de ses problèmes fondamentaux. Il couvre une large gamme de sujets, depuis les fondations épistémologiques jusqu’aux problèmes éthiques, politiques et sociaux, en passant par une théorie de l’échange indirect, une théorie de la monnaie et du capital, une théorie du marché, une théorie des cycles économiques, et plus encore. […]

Gérard Dréan

Extrait de la préface de l’Abrégé de l’action humaine, éd. Belles Lettres (2004)

Longueur :

  • 651 pages

Difficulté :

Temps de lecture :

  • Plus de 8 heures

Pour citer cet ouvrage :

  • Ludwig von Mises, L’Action humaine, Paris, Institut Coppet, 2011, 651 p.

Partager la ressource