La liberté et le droit (1961)

Bruno Leoni

La philosophie du droit a longtemps été dominée par la tradition positiviste dont Hans Kelsen est sans doute l’un des plus éminents représentants. Ce courant de pensée accorde une place décisive à l’Etat dans la production des règles de droit qui structurent les sociétés humaines. Selon cette perspective, le droit tire exclusivement sa légitimité de la souveraineté de l’Etat, laquelle n’a d’autre justification qu’elle-même.

Le juriste italien Bruno Leoni fait partie des intellectuels ayant développé les critiques les plus élaborées contre le positivisme juridique. Dans son ouvrage La liberté et le droit, il nous invite à concevoir le droit non plus comme le fruit de l’arbitraire de quelques hommes politiques – fussent-ils démocratiquement élus – mais comme celui d’un processus plus décentralisé qui puiserait sa source dans l’évolution des pratiques sociales, des arrangements contractuels et de la jurisprudence. En ce sens, il inspira de manière significative Hayek lors de l’élaboration de sa théorie de l’évolution des institutions.

Bruno Leoni affirme sans ambiguïté la supériorité d’un ordre juridique fondé sur les arrangements volontaires en lieu et place du légicentrisme qui domine l’Europe continentale. Cette supériorité se constate selon lui tant sur le plan de la justice que sur celui de l’efficacité. Justice en effet puisque les règles issues des volontés particulières seront nécessairement plus respectueuses des droits et libertés que les normes produites par les détenteurs du monopole de la violence légale.

Efficacité enfin puisque l’exigence d’utilité qui doit guider la production de règles ne peut être déterminée que par les principaux intéressés. La raison tient simplement au fait que cette utilité est subjective. Il n’ensuit nécessairement que les législateurs ne seront jamais dans la capacité de produire les règles adéquates pour favoriser des rapports humains harmonieux et profitables pour tous.

Dans ces conditions, il semble paradoxalement que la loi constitue l’ennemie du droit.

POUR CITER CET OUVRAGE :

Bruno Leoni, La liberté et le droit, Paris, Les Belles lettres, 1961, 305 p.

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